top of page
Bare Trees in Fog

Un conte de deux pays

Cette semaine marque la fondation de deux pays partageant la plus longue frontière au monde. Traverser cette frontière il y a deux semaines était simple. Sans aucune attente, je me suis garé devant le guichet ouvert où le jeune agent des patrouilles frontalières canadiennes m'a adressé un « Bonjour » amical. Je portais mon t-shirt rouge « Le Canada n'est pas à vendre », acheté l'été dernier. Comme prévu, j'ai eu droit à un contrôle de passeport suivi de quelques questions destinées à déjouer les personnes mal intentionnées.


« Vous venez de Floride ? Vous avez des armes à feu ? Des couteaux ? Du gaz poivre ? » Non, non et non ! Alors j'ai dit : « Je suis originaire du Massachusetts », comme pour me disculper de la réputation d'un État républicain. « Donc, moins encline aux armes ? » Elle a souri. Oui ! Puis j'ai franchi la frontière entre ma Nouvelle-Angleterre natale et le Québec de mes grands-parents. Comme ça.


Ce ne fut pas si simple lorsque mes grands-parents ont quitté leur pays natal pour commencer une nouvelle vie à l'étranger. Mes tantes et oncles aimaient raconter la décision de Mémère et Pépère de quitter leur village. Je les entendais toujours dire : « Papa voulait avoir une ferme. » Je ne m'étais jamais demandé pourquoi il n'était pas resté sur les terres fertiles du Québec. J'imaginais que l'hiver y était trop rude pour cultiver la terre avec succès. Et voilà, la réponse se trouve dans l'histoire de ce lieu où je suis venu renouer avec mes racines.


Au XVIIe siècle, la Nouvelle-France était soumise au roi de France. Rares étaient les colons à disposer d'autres moyens de subsistance que l'agriculture, gérée à distance selon un système féodal. Les terres appartenaient à des propriétaires fonciers qui les louaient aux « habitants », comme mon grand-père. Des conditions étaient imposées, telles que des redevances annuelles et des droits limités sur les activités productives. Les agriculteurs n'avaient aucune possibilité de s'enrichir. Au sud de la frontière, la situation était tout autre au tournant du XXe siècle.


Là où je suis né, la révolution industrielle battait son plein. Les magnats de l'industrie textile se sont rendus dans le Nord pour recruter des agriculteurs canadiens-français en difficulté et leurs familles, les incitant à quitter leur pays natal avec la promesse d'une vie meilleure. L'histoire prend ensuite son envol lorsque des millions de Canadiens français, souvent accompagnés de jeunes enfants, se sont installés dans ce qui est devenu le Petit Canada, à Lowell, dans le Massachusetts.


C'étaient des temps difficiles pour ces immigrants, mes ancêtres, qui, comme tant d'autres, aspiraient à des opportunités, à la prospérité et à une part du rêve américain. L'histoire s'est déroulée sur plus d'un siècle, me laissant tiraillé entre deux mondes, en tant que Franco-Américain.


Cette semaine, ici à Québec, on célébrera la fête du Canada, le 1er juillet , jour férié national commémorant l'anniversaire de la Constitution de 1867, lorsque les trois colonies d'origine se sont unies pour former un seul pays autonome au sein de l'Empire britannique, puis ont obtenu leur pleine indépendance législative du Royaume-Uni en 1982. Le 3 juillet, Québec célébrera sa fondation en 1608, mettant à l'honneur sa culture unique et le patrimoine dont sont fiers les Québécois et les Canadiens français, dont je suis issu.


Le lendemain, le 4 juillet, les États-Unis célébreront le 250e anniversaire de leur Déclaration d'indépendance, rédigée par des amoureux de la liberté dont les ancêtres ont traversé un océan avec les mêmes espoirs que mes grands-parents lorsqu'ils ont franchi une frontière pour une vie nouvelle.


Lorsque les deux drapeaux sont hissés pendant ces fêtes, ce doit être avec sincérité, non pas pour ce qui est – avec tous ses défauts et ses lacunes évidents – mais pour l’ espoir qui inspire les gens du monde entier à aspirer à un avenir meilleur. Que Dieu bénisse l’Amérique ! Vive le Canada !


Bonne fête nationale à tous ! 1er, 3 et 4 juillet !



 
 
 

Commentaires

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note
bottom of page